Une certaine idée de la vie

 

VICES ET VERTUS DES MÉTAPHORES.

 

Il n’y pas d’âge pour le radotage.

Ceux qui font métier de communication en sont les plus menacés. Et les plus menaçants. Les hommes politiques, les chroniqueurs, les enseignants sont souvent multimédias et cumulent l’exercice de diverses disciplines.

Chaque métier a sa culture, ses cursus, ses doctrines, ses mœurs, ses rites, ses ornières mentales, son vocabulaire. Sans même nous en apercevoir nous sommes tous disciples de quelque éminent professionnel. Nous en assimilons les savoirs, les expressions, les intonations, les tics, pour en faire notre miel. « La métaphore n’a l’air de rien mais on lit dans la métaphore comme dans les lignes de la main. » (Alexandre Vialatte).

Par œcuménisme, nous empruntons des analogies et des terminologies aux métiers circonvoisins pour mieux nous faire comprendre. Piégés par les fleurs de la rhétorique et de la dialectique, nous devenons quelque peu adeptes des religions professionnelles.

Les métaphores et les analogies ont quatre vertus cardinales. Elles drainent des acquis intellectuels, exposent des idées sans avoir à les démontrer, permettent de s’exprimer par raccourcis, autorisent à se répéter sur le fond en variant la forme.

Comparaison devient raison. Contrevérité réitérée répand des parfums de véracité.

Les arts médicaux, sportifs et guerriers sont pourvoyeurs de vocabulaire.

Nous engrangeons tous des richesses sémantiques plus ou moins ésotériques dans nos caves, celliers et coffres cérébraux.

Les références bibliques sont anciennes et universelles. Elles ont trop servi pour être utilisées dans un monde avide de nouveauté. Elles reviennent en catimini, relookées, transposées, déformées.

La mythologie grecque a tant de riches généalogies, tant de dieux spécialisés auteurs de tant merveilleux exploits et de tant d’abominables turpitudes qu’elle est polyvalente et inépuisable. Les Romains en ont peu varié les symboles. Ils se sont satisfaits d’un simple clonage lexical qui a compliqué la nomenclature mais épargné à ces paresseux l’effort des grandes réformes.

Les références littéraires, philosophiques et scientifiques sont plutôt réservées aux initiés. Ou au contraire aux ignares admiratifs. Préalablement à toute communication, il est recommandé de mettre en examen l’auditoire pour savoir où il en est de ses connaissances. Et il vaut mieux ne pas trop mélanger les genres.

Nous avons tous le souvenir de tel politicien qui avait pour objectif de porter remède à l’asthénie économique en faisant monter tout le monde sur le pont. Il demandait au citoyen de changer de braquet pour aller au charbon car il y avait assez de pain sur la planche pour que chacun se fasse un devoir de tenir son créneau.

Nous voyons le résultat de cette collaboration interdisciplinaire : tout le monde tire sur tout le monde…à boulets rouges.

Les dernières mines et salves de métaphores proviennent de la géologie.

Dans notre monde en crise les continents intellectuels sont à la dérive. Les plaques sociétales se bousculent. Les strates institutionnelles sont cisaillées et fracturées. Les, contraintes s’accumulent au niveau des subductions démographiques. Le citoyen sinistré, déclenche des apocalypses politiques qui laissent irrésolus les problèmes en chantier et ceux qui font carrière de les résoudre.

La tectonique fait un tabac dans les éruptions sociales. Elle exhale de la fumée, crache de la lave, projette des bombes, expectore des cendres des entrailles de la terre. Elle fait tousser les avions, ébranle le microcosme, fait tonner les météorologues, provoque la réplique des tectoniciens, ébranle le microcosme, déclenche des tsunamis politiques, hisse les médias sur les hauts degrés de l’échelle pourtant ouverte de Richter.

Les volcans islandais et les séismes japonais nous ont rappelé que la terre ne s’exprime pas avec des métaphores. Il faut rendre à « Tectonic man » ce qui appartient à la tectonique. Et ne pas parler trop vite. Les musiciens diraient : « Allegro ma non troppo ».

La musique politique ne l’entend pas de cette oreille.

Elle nous promet une bonne année.

 

Pierre Auguste

Le 28 décembre 2011